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5 : La Route du Soleil, partie 2
Le feu passe au vert. La voiture de police s'élance doucement avant de s'insérer sur la nationale. Le bruit de la chaussée sous les pneumatiques change, et le Grand Rhône brille sous vos pieds, immense et agité, ourlé de vaguelettes qu'un discret Mistral vient gifler.
- Ça va derrière ? 
- Très bien, merci. 
Lantier se retourne depuis le siège passager avant.
- On a oublié de te lire tes droits, mais ça va tu les connais. 
- Je mentionnerai cet oubli à mon avocat. 
Un sourire partagé, puis de nouveau le silence. Silence indisposant pour votre conductrice qui s'était excessivement montrée joviale jusque-là et un peu stressée.
- Alors vous connaissez le commissaire Barrios depuis longtemps ? 
- Presque deux ans. Chancla, depuis plus longtemps. Elle était notre capitaine avant sa promotion.
Et vous, j'ai cru comprendre que c'était une amie. 
- Oui, nous avons grandi dans la même rue à Nîmes.
Nous nous connaissions vite fait, voyez-vous, mais on s'est retrouvées un jour dans un même commissariat d'Arles. C'est là que j'ai découvert qu'elle était de la PJ de la ville. J'étais simple brigadière à l'époque. On s'est bien entendues.
Puis elle est partie il y a quelques années maintenant. Nous avions un peu gardé contact. On s'était même revues l'année dernière. 
- Super… 
- Excusez-moi, brigadier-chef… 
- Audibert. Sandra Audibert. 
- Audibert, ça va rentrer… mais on va où exactement ? 
- Au village de D… c'est là que se trouve mon commissariat de proximité. 
- Un commissariat de proximité ? 
- Oui, c'est un dispositif en expérimentation dans la région depuis deux ans. De petites antennes en campagne. Il revoit le maillage entre police et gendarmerie, c'est un peu compliqué.
Et tout n'est pas encore au point ! 
- J'imagine… dites, il y a eu des inondations ici ? 
- Des inondations ? 
- Oui. 
Lantier désigne le paysage du doigt.
- Ah ça ! Oh non, bien sûr que non, c'est toujours comme ça.
Vous ne connaissez pas la Camargue ? 
- De nom, vite fait. Je n'avais jamais vraiment vu… 
- Ici, tout est rizières, lacs, marais et prairies inondées.
Mais rassurez-vous, au commissariat, vous aurez les pieds au sec. 
Vous levez les yeux à votre tour vers la vitre et découvrez les reflets d'argent au milieu des hautes herbes qui semblent, depuis votre petite route, s'étendre à perte de vue. Une vaste plaine comme un désert habité, une tendresse hostile.
- Le village est au cœur du parc naturel régional de Camargue, alors si vous ne connaissiez pas, vous allez vous y habituer. 
- Parlez-moi de votre affaire en cours, le commissaire n'a pas vraiment eu le temps de nous en parler. 
- Il s'agit d'une disparition. La fille Moreau a disparu il y a deux mois maintenant. Pas de lettres, ses amis ou ses parents ne savent rien, aucune trace, rien. On piétine. 
- Pataugez, à la limite. 
- Ah, elle est bonne celle-là ! 
- … 
- Ce n'est pas à la gendarmerie de s'occuper de ce genre de cas ? 
- Si, c'est eux qui ont d'abord commencé.
Mais vous savez ce que c'est : au début, on met tous les moyens, on fait des battues, on est sérieux car il y a la télé, et puis l'espoir s'amenuise au fil des jours et des semaines. Puis un mois passe. Nous n'avions vraiment rien, tout le monde parlait simplement d'une fugue car il faut dire que ces parents ne lui offrent pas la grande vie.
Et vous savez ce que c'est, les adolescents. 
- Moi pas trop. Lui derrière oui. 
- Ah, vous avez des enfants lieutenant ? 
- Non, une collègue de travail. 
Lantier se retourne pour vous fusiller du regard.
- Si je peux me permettre, vous avez l'air complices, c'est bien. 
- Dites, brigadier-chef, Barrios vous a dit pourquoi nous étions là ? 
- Nous avions déjà parlé de la petite Moreau tous les deux, et elle savait que j'étais seule sur l'affaire. Elle m'a dit que récemment il ne se passait pas grand-chose chez vous alors qu'elle pouvait m'envoyer deux agents.
Je trouvais que c'était trop !
Vous imaginez, deux lieutenants de la crim' dans mes marais, on n'a pas vu ça depuis longtemps par ici. 
- C'est tout ce qu'a dit Barrios ? 
- Oui, pourquoi ? 
- Attendez, vous avez dit être « seule » sur l'affaire ? 
- Eh bien oui, les ressources ont été progressivement redirigées jusqu'à ce que l'affaire passe de la gendarmerie à la police pour n'être aujourd'hui plus qu'un dossier sur le bureau du commissariat de proximité local. C'est la dernière étape avant qu'il ne soit catégorisé comme non résolu. 
- Vous êtes combien dans ce commissariat ? 
- Deux. Enfin, mon brigadier est en congé paternité, donc depuis trois mois, je suis toute seule. Il n'a pas été remplacé.
Mais avec vous désormais, ça fait trois ! 
Lantier et vous échangez un regard.

- Pour les bureaux, je vous expliquerai. C'est un peu petit chez nous, mais on vous fera une place. 
Le brigadier-chef ne perdait pas son indubitable enthousiasme, galvanisé par l'événement exceptionnel que votre présence représentait pour elle. Lantier et vous regardiez le vide devant vous sans mot dire.
- Et d'ailleurs, votre hôtel n'est qu'à deux rues du commissariat, si ça, c'est pas pratique ! 
- Mais c'est incroyable ! 
- Oui ! 
- …

L'ironie n'avait pas été perçue. Son bonheur était trop grand.
- Votre histoire, ça ressemble tout de même fortement à une fugue. 
- Je sais bien, mais mon instinct me dit que non.
Et vous savez que c'est important, l'instinct d'un policier. 
- Hmhm… 
- Puis, s'il lui est arrivé quelque chose à cette petite, alors elle n'a plus que moi à sa recherche aujourd'hui…
D'ailleurs, nous allons bientôt arriver. Par contre, nous ne pourrons déposer vos affaires à l'hôtel que plus tard dans la journée. 
- Ce n'est pas grave, nous avons une enquête sur laquelle nous mettre à jour. Nous sommes là pour ça. 
- Oui.
Oh, c'est quand même fort, deux policiers de la crim' pour mon affaire. 
- …

- Vous avez une préférence pour savoir par quoi vous voulez commencer ? 
Comment allez-vous débuter votre enquête ?
1) Se rendre au commissariat pour étudier le dossier de l'affaire et prendre vos marques. 
2) Aller au domicile de la famille Moreau. 
3) Demander au brigadier-chef Sandra Audibert de vous faire rencontrer les amis de la disparue pour les interroger. 
4) Aller parler au maire pour entendre ce qu'il a à dire sur cette affaire qui piétine. 
