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4 : Conséquences, partie 1
Dans ce bureau se trouvent trois personnes. L'une est assise avec rigueur, une autre de côté, la dernière se tient debout.
Chacun est tourné vers les deux autres. La discussion est importante.
Celui debout - car c'est un homme - est un capitaine aux qualités reconnues. Il est ici pour ses conseils et pour apporter son expérience. Ses habits sont élégants, comme toujours. Un costume complet en flanelle d'un taupe clair, l'épaule sans structure car son physique avantageux le permettait, un pantalon taille haute avec une boucle de serrage, une chemise bleu clair, mate, pour ne pas jurer avec le reste. Les mains dans les poches, la veste ouverte, sa silhouette si élégante pourtant s'éclipsait lorsque son regard d'un bleu acier profond se posait sur son interlocuteur.
Celle assise avec rigueur - car c'est une femme - l'est derrière son bureau. Les mains réunies, légèrement penchée en avant, sa figure est préoccupée. La quarantaine passée, elle porte tout le charme de cet âge lorsque celui-ci sait se mêler avec habileté aux doux traits qui furent ceux de la jeunesse pour leur donner cette noblesse si favorable. Elle portait particulièrement bien cet âge, parce qu'il résonnait avec l'image que ceux qui la connaissaient se faisaient d'elle. Ses yeux sont d'un marron marbrés du gris clair d'une fatigue ancienne qui, aujourd'hui, n'était plus, mais avait laissé ses sillons et ses cicatrices dans son corps et dans son regard. Au moment des grandes émotions, ces marbrures d'argent brillaient.
Celui assis de côté - car c'est un préfet - avait tiré sa chaise sur le côté pour ne pas s'asseoir comme n'importe quel visiteur l'aurait fait ici. Le bureau à sa gauche, l'homme debout à sa droite, il avait réarrangé l'espace pour mieux y exercer avec flegme sa dominance. Il lisait. Et tous attendaient qu'il finisse, ce qu'il leur signifia lorsqu'il referma la chemise du compte rendu.
- C'est assez préoccupant. 
- C'est pour ça que j'ai voulu profiter de votre présence pour en discuter. 
- Votre avis sur cette brigade, capitaine Schneider ? 
- Elle est composée de très bons éléments, c'est la chose la plus évidente. Individuellement, et particulièrement pour les deux lieutenants, tout le monde rêverait de les avoir dans la sienne. Le commissaire sait d'ailleurs que si je venais à perdre le lieutenant Auclair, je ferais la demande de mutation d'un des deux. 
- Vous savez ce qu'on dit, rien ne compte avant le « mais ». Et c'est pour ça que vous avez répondu à côté de ma question, capitaine. Je vous demande ce que vous pensez de la brigade. 
- Je suis en désaccord avec son organisation et pense qu'elle est responsable de la plupart de ses problèmes. 
- Vous voulez parler du fait que c'est une brigade à deux têtes, sans capitaine, une idée du commissaire. 
- C'est exact. Je pense que ces lieutenants ont, malgré leurs qualités, besoin d'un cadre, et que celui qu'ils se sont construit est défaillant. Tout cela est particulièrement ressorti durant leur examen d'opération de terrain. 
Le préfet de police rouvre le dossier qu'il tient toujours dans ses mains.
- Quelques remarques de l'auteur de ce compte rendu ont attiré mon attention. Elle y évoque la possibilité que l'exercice puisse ne pas avoir été adapté à ce qui est demandé.
Vous qui l'avez passé, capitaine, quel est votre avis ? 
- Bien qu'il ait comporté un détail inhabituel qui a pesé sur la prestation de la brigade Lantier/Chancla, il n'en restait pas moins d'une conception totalement en accord avec ce qui est attendu pour cet examen. 
- J'ai eu des échos… Il se pourrait qu'elle ait, ou ait eu, des liens personnels avec un des agents concernés, ce qui pourrait expliquer cette remarque et quelques formulations que j'ai trouvées… conciliantes. 
- Hm, je vois. 
- … 
- … 
- Y a-t-il quelque chose d'autre que je devrais savoir ? 
- … 
- Vous n'avez peut-être pas fait le lien avec leurs noms, mais c'était la brigade en charge du dossier Blanc. 
Un silence.
- Oui, effectivement. Une affaire compliquée. Et dont certains événements font écho au sujet de cette réunion improvisée.
Commissaire, vous qui êtes à l'initiative de cette formule… expérimentale, d'une brigade menée par deux lieutenants, quel bilan en tirez-vous ? 
- Ils ont confirmé beaucoup d'espoirs que j'avais placés en eux, et ont même été au-delà de mes espérances sur certains points. 
- Mais… 
- Ils n'ont pas encore trouvé l'équilibre que je pensais qu'ils sauraient former. Ce qui a pu ralentir leur progression, voire renforcer certains défauts chez eux. 
- De là à ne pas avoir su construire un « cadre », pour reprendre le mot du capitaine Schneider ? Un s'approchant de ce qu'une organisation plus habituelle aurait donné ? 
- C'est en partie mon sentiment, mais plus mesuré que ne l'est celui du capitaine. 
Le préfet de police referme le dossier et le dépose sur le coin du bureau du commissaire.
- Je vois. Alors inscrivez le plus apte des deux au concours de capitanat. 
- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Il ne peut plus aujourd'hui exister de hiérarchie entre eux deux. 
- Celui en dessous ne reconnaîtra pas assez l'autorité de l'autre. 
- Et celui au-dessus en abusera. 
- Capitaine. 
- C'est la vérité. 
- Hm… bien. La solution me semble alors évidente. 
Le préfet se lève de sa chaise et attrape sa casquette qu'il avait négligemment posée sur une étagère derrière lui.
- Quand quelque chose ne fonctionne pas, on s'en débarrasse. Dissolvez la brigade. 
- …

- Je conçois que cela ressemble à un aveu d'échec pour vous, commissaire Barrios, mais je pense que vous n'ignoriez pas que je pourrais proposer cela. 
- Non, effectivement. 
- Gardez un des deux lieutenants, faites la demande pour un capitaine et préparez la mutation de l'autre. 
Le regard du commissaire se voile, et le gris de ses yeux semble ne plus refléter la lumière du plafonnier.
- Tenez-moi au courant de l'évolution de cette affaire. Sur ce, je dois vous quitter. Je suis attendu. Commissaire. Capitaine. 
La porte du bureau se referme derrière son départ. Alice Barrios, qui s'était levée par respect, retrouve la chaise de son bureau avec moins de rigueur. Le capitaine Schneider vient se placer face à sa supérieure. Les mains toujours dans les poches. Le visage emprunté.
- Vous avez fini par avoir ce que vous vouliez. 
- Ce n'est pas ce que je voulais. Et encore moins que ce département perde l'un d'eux. 
- … J'ai raté quelque chose. Ils avaient tout, j'y croyais, mais je n'ai pas su assez les accompagner. Et aujourd'hui, je ne suis pas sûr de pouvoir corriger ça… 
- Ce n'est pas forcément de votre faute. Peut-être que ce n'était simplement pas possible avec eux. Et peut-être que je me trompe. Et peut-être qu'ils peuvent encore trouver une manière de fonctionner qui soit viable. 
- Vous les avez vus ? Ce sont deux têtes brûlées désormais, je ne serais même pas sereine de les envoyer dans d'autres équipes. Il suffit que le capitaine qu'ils aient ne sache pas les contenir et on me les renverra au bout de six mois. 
- … 
- Vous n'avez pas un frère ? 
- Non, enfin si, mais pas dans la police. Mais je vous remercie pour le compliment. 
- C'est mérité. Je rêve d'une police faite de brigades avec plein de capitaines Schneider à leur tête, et avec des Auclair, Lantier et Chancla comme lieutenants. 
- Il y a certainement mieux que moi, comme il y a différentes manières d'être bon à ce poste. Vous y avez été, et vous n'êtes pas moi. Et vous aviez même ces deux-là sous votre commandement, en même temps. C'est une belle performance. 
- Et encore, vous oubliez celui qui a précédé Lantier. 
- Comment le pourrais-je ? 
Barrios soupire, se laisse retomber contre son dossier.
- Chancla était plus sage à l'époque, même si tout était déjà là. 
- Qu'allez-vous faire ? 
- Je dois agir. Je ne peux pas laisser les choses continuer comme ça, jusqu'au jour où il se passera quelque chose de grave. Plus grave encore que l'affaire Blanc. 
Le commissaire tourne la tête en direction de ses persiennes, là où, de l'autre côté de la vitre, sont les bureaux de la grande salle où elle imagine que vous vous trouvez.
- Et en même temps… je ne veux pas en arriver là. 
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aucun problème, tu peux continuer. Mais 60 différents, et bien ensuite il refuse d'afficher les nouveaux. Pas compris l'idée 