2 / 17
2 : On ne se baigne jamais deux fois dans la même rivière
Vous vous tournez vers votre co-lieutenant, avec qui vous partagez depuis plus d'un an le commandement de cette brigade. Seuls de discrets murmures s'échangent, que même Longvic ne peut entendre.
- On y va qu'entre nous ? J'ai jamais trop eu confiance en le lieutenant, et Fallot…
je ne suis pas sûre de me contenir de la pousser dans l'escalier si j'en ai l'occasion. 
- À vrai dire, je ne me sens pas de contredire le capitaine aujourd'hui, vois-tu… J'ai peur qu'elle ne le prenne pour elle si on sort de ce qu'elle avait prévu… 
- … 
- … quoi ? 
- T'as vraiment dû merder. J'ai l'impression qu'elle va t'en mettre une à tout moment. Tu devras me raconter un jour. 
- … 
- On prend qui ? 
- J'ai du mal à cerner Auclair, donc j'avais pensé à Fallot. 
- Fallot, tu déconnes ?! 
- Moins fort ! 
- Vous avez fini ? 
- Presque, excusez-nous. 
Le capitaine roule des yeux devant ce qu'elle prend pour une nouvelle marque de désinvolture de votre brigade, tandis que les messes basses reprennent :
- Fallot ? 
- Oui ! Fallot ! 
- … Écoute, elle est dans ton équipe après tout. Si tu le sens comme ça… mais faudra pas te plaindre quand le commissaire aura un rapport d'elle sur tout ce que tu as mal fait. 
- Il va déjà y avoir le compte rendu de Nina pour ça, t'inquiète pas, va… 
- Bon ! Je décide pour vous. 
- Fallot ! On prend le major. 
Le visage de la concernée se redresse en entendant son nom.
- Moi ? 
- Même elle n'y croit pas. 
- Major Fallot, rechargez votre arme pendant qu'ils établissent le plan d'action et prenez place dans la colonne de gauche. 
- Euh… oui, oui… tout de suite ! 
La jeune femme s'empresse de démonter à nouveau son arme et recharge précipitamment les munitions d'entraînement qu'elle venait seulement d'enlever.
Le capitaine du RAID esquisse sa moue habituelle devant le stress soudain du major, puis s'en détourne pour rejoindre le plan étendu sur la table à sa droite.
- Une entrée principale que l'équipe 1, celle de Chancla, investira. Voici le plan de l'urbanisme de l'immeuble. L'équipe 2, celle de Lantier, entrera quant à elle par cette porte qui donne sur le parking. Maintenant qu'on s'est passé les évidences, c'est à vous de décider comment vous allez vous y prendre. Moi, je ne participe pas plus aux planifications que la sécurité de mes hommes, en conditions réelles, l'imposerait. Micros et radios sont là-bas et, à partir de… maintenant, nous passons cette porte qui donne sur la rue du bâtiment dans deux minutes, que vous soyez prêts ou pas. 
Le capitaine relève les yeux du plan et vous laisse vous approcher, Lantier, Longvic et vous.
- Trois escaliers, c'est la merde à deux équipes. Comment on couvre ça ? 
- On peut casser une équipe en deux une fois dans le bâtiment, non ? 
Nina Cardy hausse les épaules pour signifier son mutisme.
- Ça se défend
, surtout que vous aurez le capitaine avec vous… 
- … 
- Un groupe : Longvic, Cardy et un agent. Un second : Lantier et deux agents, ici. Le major et moi, on remonte celui-là. 
- Merde, bien sûr, il y a un ascenceur. Célestin, tu dois laisser un homme devant. 
Vous relevez la tête vers Nina Cardy. Sur ses yeux plissés, vous faites reposer de vieilles pensées.
- Pas besoin, tous les agents du RAID savent mettre hors service un ascenseur. Inutile d'y laisser quelqu'un. L'équipe 1 ira le mettre hors service avant de prendre l'escalier. 
- … 
- Toi, tu t'occupes de l'ascenseur, puis prends l'escalier A. Moi, le B. Longvic, le C. Le niveau 2 est l'objectif. B et C, on se retrouve ici. Puis on avance jusqu'à ce couloir où on devrait voir Chancla arriver de l'autre côté. Il n'y a qu'une seule porte qui donne sur l'appartement cible. On a bloqué tout du long tous les moyens de sortir. On enfonce la porte, et l'effet de surprise et le surnombre devraient suffire. C'est ton équipe qui prend le bélier 
- Roule. 
- Roule. 
- Messieurs en position, cinquante secondes !
Micros pour la communication. 
Votre brigade s'approche des appareils : des boîtiers à fixer à vos gilets et une oreille reliée. Vous vous emparez des trois les plus proches que vous attachez à vos équipements.
- Att… 
Le major se tait, comme si sa voix lui avait été ôtée. Son visage vous paraît particulièrement embêté. Ses lèvres s'agitent comme lorsque la petite élève parfaite s'apprêtait à laisser échapper votre dernier écart au commissaire. Mais rien ne sort. Ses lèvres restent scellées et son regard fuit quelque chose derrière vous. Vous vous retournez et avez juste le temps de voir le capitaine Cardy pivoter.
Fallot baisse la tête et part prendre sa place près de la grande porte.
Vous n'avez plus le temps de vous interroger, enfoncez votre oreillette et courez prendre place à la tête de votre équipe de trois agents du RAID et de la dernière pièce rapportée.
Deux colonnes d'agents patientent dans le silence le plus pesant le signal. Une trotteuse discrète, au milieu des respirations, égrène cette paix fragile, jusqu'à ce que la voix si particulière de Nina s'échappe, comme à travers une fumée légère qui lui donnerait cette douceur rauque.
- Maintenant ! 
Les portes de métal s'ouvrent. La puissante lumière du jour vous aveugle quelques instants, avant que le bruit des bottes ne rebondisse contre le bitume du trottoir.
Les deux colonnes se séparent avec méthode dans la rue qu'elles font désormais leur.
Vous haletez sous l'effort et le poids des équipements. Le soleil réchauffe péniblement l'air printanier que vous fendez jusqu'à l'entrée du bâtiment. Votre équipe se plaque contre le mur.
- On ne bouge pas. On leur laisse le temps de faire le tour. 
- Reçu.

Vous profitez de ce répit pour reprendre le contrôle de votre respiration, la rendre plus profonde, ressentir chaque partie de votre corps comme un tout. Maîtriser le stress inhérent à ces exercices et qui naît dans votre poitrine.
Concentré… le plan est simple. C'est la routine… 
Deux tapes sur votre épaule.
- … ? 
- … 
D'un geste de la main sec, l'agent d'intervention vous indique une fenêtre au troisième où vous apercevez une silhouette.
C'est quoi ces conneries ?! 
- Ici équipe 1, en place et prête à entrer. Du mouvement aperçu au troisième, demande votre situation, à vous. 
Pas de réponse. Pas même de grésillement dans l'oreillette. Vous éteignez l'appareil radio puis le rallumez. Toujours rien.
- Putain de merde… 
Vous vous retournez vers l'agent le plus proche.
- Ma radio est morte. Prends contact avec l'opérateur pour qu'il transmette ce que je vais te dire. 
Les yeux bleus dans la cagoule vous fixent sans réaction. La main du policier se pose sur son oreille, là où, comme vous l'avait prévenu Cardy, ne se trouvait pas son équipement de communication habituel.
Vos pensées s'entrechoquent dans un amas informe, avant de trouver un sens.
- … Ma radio n'est pas morte… on nous en a filé des défectueuses… 
- Vous n'avez pas contrôlé le matériel. 
- Pardon ? 
- Il fallait contrôler le matériel. Aucun de vous ne l'a fait. Certaines radios étaient HS. 
- … 
- J'ai voulu vous le dire, mais je n'avais pas le droit. 
- … Bon Dieu, Major, il fallait le prendre !
Et c'est quoi, ces conneries ? C'est une idée du capitaine ? 
- Je suppose... 
Vous passez votre main sur votre front.
- Combien de chances qu'elle l'ait fait pour me baiser, moi en particulier ? Merde, qui vérifie des radios déjà mises en place ?… 
- Nous. 
- Quoi ? 
- Nous, on l'a fait avant d'y aller. 
- … 
- … 
- Je regrette déjà de vous avoir choisie. 
- Les aiguilles tournent, lieutenant, et une des cibles est toujours à la fenêtre. C'était pas prévu. Quelque chose a dû les faire bouger. Peut-être l'autre groupe. Quels sont les ordres ? 
- Les ordres ? 
- … 
- Je… 
- Lieutenant ? 
Qu'allez vous faire ?
1) Improviser. Envoyer un de vos agents chercher des radios fonctionnelles au point de base pour vous en rapporter, dans le but ensuite de l'envoyer rattraper l'équipe 2 afin de nouer à nouveau le contact.
2) Suivre le plan malgré la tournure des événements. Vous entrerez dans le bâtiment, chercherez à mettre hors service l'ascenseur pour ensuite débuter l'ascension jusqu'à l'étage des otages.
3) Rester dehors. Prendre position derrière les voitures et attirer l'attention des cibles en espérant que cela permette à l'autre équipe d'avancer sans contrainte.






