12 / 17
7 : L'Aigrette
Vous vous accoudez au comptoir, saluez l'homme seul avec un Ricard d'un signe de tête qu'il vous rend, puis attendez.
- Bien l'bonjour, monsieur, qu'est-ce que je peux vous servir ? 
- Euh… qu'est-ce que c'est la boisson d'ici ? 
- On a une liqueur très agréable, mais je vous préviens, c'est fort. 
- Peut-être pas tout de suite pour les boissons à 70°, il est encore un peu tôt. 
- Dans ce cas, j'ai une bière faite dans le coin à partir de riz, sinon il y a l'inévitable pastis. 
- Va pour la bière alors. Je vais goûter. 
- Une Gardians alors. Blonde, rousse, brune, ambrée ? 
- L'expérience me fait dire que j'ai jamais su si je préférais les blondes ou les brunes. 
Vous partagez un sourire entendu avec le barman.
- Je vous propose de commencer classique avec la blonde, on verra pour la brune après. 
- Parfait. 
L'homme en chemise à carreaux marron fait un grand pas vers l'un des robinets de la tireuse, y glisse un verre et abaisse le levier de droite d'un geste habitué, tout en laissant son regard errer dans la pièce.
- Et voilà… 
- Merci. 
- Une nouvelle tête, on est de passage ? 
- Il y a si peu de nouvelles têtes ici ? 
- Si, surtout l'été. Mais fin mai, une qui vient seule dans mon bar, c'est un peu plus rare. 
- Je suis quelque part entre le passage et le long terme. Une affectation temporaire. Lieutenant Célestin Chancla, police criminelle. 
- Oh… ils vous envoient pour la minote des Moreau. 
- On récupère l'affaire avec ma collègue, oui. 
- Police criminelle ? Il y a du nouveau ? 
- Pas avant qu'on arrive, un peu plus aujourd'hui mais je ne peux pas m'étendre. 
- Oh oui, forcément… et vous nous venez d'où ? 
- Nous sommes de M… 
- Ah oui, dans le nord… vous avez des beaux taureaux dans les coins. 
- Euh... vous voulez parler des Charolais ? 
- C'est pas le petit format, hein ! 
- Non, pas vraiment. 
- J'y vais, bonne soirée Dany ! 
- Merci, bonne soirée à toi aussi…
Ouais, des beaux taureaux, mais pas des nerveux. Faut dire que faut la déplacer toute cette carn. C'est meilleur dans l'assiette que dans une arène. Vous avez déjà été dans une arène ou assisté à un abrivado ? 
- Je connais de réputation les jeux taurins, c'est tout. Il y en a dans le coin ? 
- Bien sûr bodiou ! Plaisantez pas avec ça ! 
Il essuie un peu plus lentement le verre entre ses mains tandis qu'il poursuit la conversation.
- Il faut que vous voyiez une course camarguaise. La saison vient de commencer, en plus. Je sais pas si vous connaissez, mais on ne tue pas le taureau ici, pas comme chez les Espagnols. C'est un sport d'équipe : c'est que de l'adresse et de la technique pour attraper les attributs accrochés aux cornes du taureau. Faut que vous voyiez ça. 
- Je connaissais pas. Je regarderai. 
- Et si vous voulez essayez vous même d'entrer dans l'arène, il y a aussi les premiers toro-piscines qui commencent. 
- C'est pas un peu dangereux pour un novice ? 
- Mais non !
C'est une version avec une vachette, comme à Intervilles, si vous avez déjà vu l'émission. Les minots en font, alors un policier, ça devrait aller. Le but, c'est simplement d'attirer la vachette et de la faire traverser la piscine au centre de l'arène pour marquer des points. Vous verrez, c'est marrant. Si vous restez un peu dans le coin, faut l'faire au moins une fois. 
- J'y penserai, merci pour l'info. 
- C'est un plaisir. 
- Elle est bonne cette bière de riz. 
- Attendez de goûter la brune. 
- Hm… et… je reviens un peu dessus puisque vous sembliez les connaître, mais qu'est-ce que vous diriez des Moreau, de leur fille et de sa disparition ? 
- J'savais que vous y viendrez. Vous travaillez même de nuit ? 
- Seulement avec une bonne bière. 
- Si vous me goûtez ensuite ma liqueur, je veux bien répondre à vos questions. Elle sera pour moi. 
- C'est des conditions de travail qu'il me semble difficile de refuser. 
Le barman Dany explose dans un rire à en faire fuir les oiseaux.
- Z'êtes un bon, vous, je l'sens.
Les Moreau, c'est pas des faciles. Surtout elle ! Enfin, lui aussi…
La minotte est adorable, y a pas à dire. Surtout que bon, leur cabane dans les sansouires, là… C'est pas le genre de vie que veulent les gamins de nos jours. Comme beaucoup, j'pense qu'elle a fugué. Elle a dû monter à Arles, ou peut-être que c'est le dernier trophée de la Belle-gueule. Faut dire qu'elle est mignonne la petite. 
- La Belle-gueule ? 
- Un jeune qui traîne un peu trop autour des lycéennes. Il doit avoir vingt ans, peut-être moins. Je sais même pas ce qu'il fait dans la vie. C'est le fils des espagnols qui vivent au bout de la rue derrière l'église. Elles craquent toutes pour lui, alors il se sert, les jette, puis s'en prend une autre. 
- Et, ils se fréquentaient récemment avec Amélie ? 
- Si vous pensez que je suis au courant de ça moi !
Allez demander à la demoiselle au Mojito dans le fauteuil, elle sait peut-être ça. C'est une journaliste de la petite presse, mais c'est la pire déformation professionnelle que je connaisse. Elle laisse toujours traîner son oreille partout, comme si quelque chose ici valait la peine d'être raconté. D'ailleurs je pense qu'elle vient ici pour ça. Toujours ses deux mojitos pendant qu'elle écrit tout en écoutant ce qui se dit, puis elle s'en va. Elle en est déjà au second, si vous voulez lui parler. 
- Peut-être après alors… Y a-t-il autre chose que vous pensez que je devrais savoir à propos de la jeune ? 
Le barman s'adosse au meuble derrière lui et réfléchit.
- Euh bah… non, rien. C'est des gens sans histoire vous savez, qui aime pas attirer l'attention. 
- Hm, je vois. Une dernière chose : ce ne sont pas des gens avec de gros revenus ? 
- On peut pas dire ça. 
- Amélie prenait des cours d'équitation ; ça doit coûter cher. 
- Ils devaient avoir un arrangement avec Seguin, celui qui buvait un pastis au comptoir. C'est un de leurs amis et il a un haras pas loin. Nos enfants vont tous là-bas pour apprendre à monter. 
- Je vois. Si j'avais su, je serais allé lui parler…
Et, petite question : dans le coin, si une jeune de seize ans veut se faire un peu d'argent de poche, comment pourrait-elle s'y prendre ? 
L'homme hausse les épaules.
- Comme tout le monde, avec des petits boulots ou des coups de main sous l'manteau. Elle saurait conduire une voiture ou un bateau, j'aurais dit qu'il y a les passeurs un peu plus vers les étangs, mais c'est pas un boulot pour une jeune de 16 ans. 
- Des passeurs ? 
- La drogue. Marseille, c'est très surveillé vous savez. Nos marais beaucoup moins. 
Un groupe entre dans le bar de Dany et salue des amis attablés. Les échanges sont animés et chaleureux. L'un d'eux se détache du petit groupe et vient s'asseoir sur le tabouret à votre gauche. D'une main, il réorganise sa chevelure d'argent.
- Salut ma mille, trois pastis s'il te plaît. 
- Alors, t'as gagné ? 
- Parle pas de choses qui fâchent et sers-moi. C'est pour ça que je te paye. 
- T'as encore tiré comme un cochon. Depuis le temps que je te dis de revendre tes boules. Les pauvres, elles méritent d'autres mains. 
L'homme à la moustache se tourne vers vous et vous sourit.
- Un seul bar dans ce foutu patelin, et il a fallu qu'il soit tenu par l'homme le moins agréable de Provence. Vous y croyez, vous ? 
- Je ne sais pas, je ne vous ai pas vu tirer. 
- Vaut mieux pas. 
- Ils sont toujours pas servis ses pastis ? Tu les fabriques ? Au lieu de médire sur les copains. 
Trois verres sont déposés sur le comptoir. Dany verse une dose de boisson ambrée dans chacun, puis en ajoute une demi-dose dans le dernier. Il se dirige vers un petit réfrigérateur pour en sortir des glaçons.
- S'il vous assomme avec ses histoires de taureaux, ne le laissez pas faire. 
- Je ne lui en ai même pas encore parlé. Mais on peut ouvrir le sujet puisque tu y tiens. 
- Et menteur en plus. Bien sûr qu'il vous a déjà parlé des taureaux. 
- Je passe cette question. 
- Vous êtes trop poli avec lui. 
- Tiens, tes pastis le joueur du dimanche. 
- Merci mon brave, qu'est-ce que je ferais sans toi. 
- Tu perdrais aux boules, mais en plus tu aurais la gorge sèche. 
Profitant de ces échanges amicaux, vous vous éloignez du comptoir, votre verre de bière à la main, et vous dirigez vers les deux grands fauteuils de cuir rouge au fond de la salle, où se trouve encore la femme à la veste de costume et une jupe grises occupée à écrire sur son bloc-notes. Son verre était vide. Vous prenez place dans le siège en face du sien.
- Lieutenant Célestin Chancla. 
- Ma réputation me précède. 
Elle abaisse le bloc-notes sans relever les yeux de derrière ses lunettes.
- Les voix au comptoir, plutôt. 
- J'espère que rien ne vous a blessé dans notre conversation. 
- Il vaudrait mieux que je change de métier si j'étais aussi sensible à la critique, lieutenant. 
Elle lève enfin les yeux vers vous, lentement, en prenant le soin de vous analyser de la tête au pied.
- Chaque métier a ses particularités incomprises, vous savez ce que c'est. 
- Je connais cette théorie. 
- Une pointe de sarcasme… Vous êtes donc de ceux qui ne reconnaissent pas mon corps de métier. Rassurez-vous, je ne fais pas dans le sordide ou le fait divers. J'ai fait des études de psychologie avant. 
- Je ne suis pas certain de voir le rapport. 
- Lorsque j'ai ouvert mon cabinet, je me suis rapidement rendu compte que si j'aimais écouter les histoires des gens, j'aimais aussi les partager aux autres, ce qui, entre nous, n'était pas très compatible avec mon premier métier. 
- On… on appelle ça du commérage, si je ne m'abuse… 
- Fascinant qu'on puisse être payé pour ça, vous ne trouvez pas ? La reconversion était évidente.
Et voilà comment je me retrouve assise dans ce fauteuil, avec le lieutenant Chancla, venu avec son verre pour voir s'il pouvait mettre mes talents à profit, sans même s'assurer que mon verre était suffisamment rempli pour que j'accepte une telle conversation. 
- … On m'a dit que vous n'en buviez jamais plus de deux. 
- Vous a-t-on dit aussi que d'habitude, aucun lieutenant ne vient s'asseoir dans le fauteuil en face de moi ? 
- … 
- … 
- Mojito ? 
- Je vous remercie. 
- Je n'ai pas encore mangé, vous voulez quelque chose ? 
- Ça ira, pas besoin d'en faire tant. 
- … Euh… excusez-moi… 
- Oui ? 
- Ce serait possible d'avoir de quoi grignoter pour moi ? Une planche, ou du plus consistant, ce que vous voulez. 
- Je peux vous faire une planche composée. 
- Oui voilà, très bien. Et avec ça un mojito pour madame. 
- Mademoiselle. 
- Mademoiselle. 
- Et une liqueur ? 
- Et une liqueur. 
- … 
- Je vous apporte ça de suite. 
La journaliste décroise ses jambes, qu’elle recroise dans l’autre sens avant de se renfoncer dans son fauteuil. Le bloc-notes est désormais abandonné sur la table, son stylo toujours entre ses doigts.
- J'ignore votre nom. 
- Je ne parlerai qu'en présence de mon mojito. 
- … 
- Mais pour vous, je veux bien faire une exception. 
Elle s'avance et vous tend la main droite.
- Sophie Kessel, mais appelez-moi Sophie. Journaliste indépendante. Je vends mes articles au plus offrant : les magazines people sont mon rayon. 
- Enchanté. 
- Et moi donc. 
Nouveau jeu de jambes, elle tire sur sa jupe, avant de retrouver sa place au fond de son fauteuil.
Dany revient, tenant dans sa main droite un plateau en écorce de chêne-liège sur lequel sont disposés divers morceaux de charcuterie, un pâté dans un pot en verre, des sardines à l’huile et un peu de riz dans des bols en émail, du pain et, enfin, deux verres. Il dépose le mojito du côté de la journaliste et un verre de taille plus modeste de votre côté, avec un sourire satisfait aux lèvres.
- Appelez-moi s'il vous faut quelque chose d'autre. La fourchette est là, et il y a des cure-dents sur la table. 
Il s'éloigne avec nos verres vides.
La journaliste se penche en avant, attrape un cure-dent qu’elle pique dans une moitié de sardine avant de la porter à sa bouche.
- Bah… 
- Vous allez voir, les sardines sont à tomber, même si je préfère sa préparation avec de la tomate. Vous auriez dû la demander. 
Vous marquez un arrêt et la fixez, songeur. Une résolution prise, vous retournez au plateau de liège.
- Et donc, Sophie, il se trouve qu’on m’a rapporté que vous étiez la personne la mieux renseignée d’ici et que c’était à vous que je devais m’adresser. 
- Oh, on vous a dit ça ? Et moi qui craignais que vous me passiez les menottes. 
Commençant à cerner le personnage, vous ne relevez pas le propos.
- Si en plus vous avez une formation de psychologue, c'est d'autant plus intéressant. Que pensez-vous de l'affaire de la disparition de la jeune Amélie Moreau ? 
- Je vous l’ai dit, je ne fais pas dans le sordide ou le fait divers.
Sauf si vous me dites que vous avez une piste vous menant au maire d’Arles ou, mieux encore, au président de la République. Quoique, attendez… Je sais que Brad Pitt a encore sa maison pas loin. Je crois que ce serait encore mieux si c’était lui. 
- Il est venu récemment à cette maison ? 
- Non, il est en tournage en Nouvelle-Zélande actuellement, pour encore cinq jours. 
- Je crains devoir le rayer de ma liste des suspects. 
- Quel dommage… 
- On m’a parlé d’un jeune homme qui avait du succès auprès des jeunes filles. Ça vous dit quelque chose ? 
- Diego ? Naturellement. Et je les comprends. Un visage d’ange, mais un bourreau des cœurs.
Il a emmené Amélie faire un tour sur sa petite moto - si ça entre dans la catégorie des motos -, je dirais… deux semaines avant sa disparition. Deux femmes en ont parlé ici même. Vous savez ce que c’est, la jalousie féminine…
Vraiment très bonnes, ces sardines. Le pâté aussi, d’ailleurs. 
- Je vois ça. 
Car depuis le début de la conversation, l’un comme l’autre, vous ne cessez de vous pencher sur le généreux plateau de liège.
- Parlez-moi de vous lieutenant : qu'est-ce qui vous amène sous le soleil de Camargue ? 
- Je préférais d'abord qu'on finisse de parler d'Amélie. 
- Oh… Célestin…
Vous permettez que je vous appelle Célestin ? 
- Eh bien… 
- Donc, je disais, Célestin, que nous étions engagés dans une si charmante conversation : je vous disais ce que vous vouliez savoir et, en échange, vous me parliez de vous. 
- De moi ? C'est donc ça ma monnaie d'échange ? Moi ? 
- Vous m'intéressez, si c'est la question qui vous préoccupe. Votre histoire m'intéresse. 
- Je croyais que vous ne faisiez pas dans le fait divers et le sordide ? 
Son sourire s’élargit et ses pommettes font légèrement remonter ses lunettes. Elle pose son stylo sur ses lèvres. Nouveau lent jeu de jambes.
- Cela fait un peu plus de cinq ans que je suis dans la police criminelle. Lieutenant depuis plus d’un an. Je suis à la tête de ma brigade avec mon collègue. 
- Le lieutenant Claire Lantier. 
- … 
- Une seule chambre. Quelle conclusion dois-je en tirer ? 
- Celle d’une situation temporaire et imprévue qui sera vite réglée. 
- Diego a vécu normalement chez ses parents depuis la disparition d’Amélie. Je dirais que, comme chaque fois qu’il a délaissé sa dernière conquête, son sort ne l’intéresse pas beaucoup. 
- Vous ne pensez donc pas que dans le cas d'une fugue ce soit lui qui l'ait aidée ? 
- Parlez-moi de vous ? De la famille ? 
- Une soeur. 
- Célibataire ? 
- Et vous ? 
- … 
- … 
- Y a-t-il déjà eu quelque chose entre le lieutenant Lantier et vous ? 
- Beaucoup de blagues puériles ou de mauvais goût, une boîte de bonbons en garde alternée, mais non, rien dans le genre de ce que vous sous-entendez. Nous sommes collègues 
- Oh mais c'est justement pour ça que je pose la question. 
- Si Amélie ou l’une de ses amies voulait se faire un peu d’argent, comment pourrait-elle s’y prendre ? 
- Hum… et bien elle pourrait…
Non, attendez : vous, vous avez trouvé de l’argent. Ça, c’est intéressant. 
- Vous rompez la dynamique de notre charmant échange, Sophie. 
- Beaucoup ? Cela change pas mal de choses si elle a disparu en laissant une somme derrière elle. 
- Vous vous intéressez à l'affaire désormais ? 
- … À vous seulement. 
Elle s’empare de son mojito et en termine les dernières gorgées.
- Car s’il y a bien une question que je me pose à votre propos, c’est pourquoi deux policiers comme vous ont été envoyés en exil dans ces marais. 
- … Où est Amélie Moreau ? 
Le coin de la lèvre de Sophie se relève.
- C'est à ce point-là… 
Avalant un morceau de saucisson, vous vous emparez de votre verre sans la quitter des yeux et le portez à vos lèvres.
- Hm… c'est… c'est pas mal du tout. 
- Beaucoup ici en prennent un verre après les huîtres que le propriétaire propose. Vous devriez les goûter, elles sont bonnes. 
- Je retiens le conseil. 
La journaliste plonge la main à l’intérieur de sa veste et en sort un petit rectangle crème qu'elle vous tend.
- Ma carte, si vous souhaitez poursuivre cette charmante discussion à l’occasion. Merci pour le plateau, mais je vais devoir y aller. Je suis déjà en retard. 
Vous prenez la carte et lisez les informations inscrites en lettres rousses. La journaliste se lève et se tourne vers vous en refermant le bouton de sa veste.
- Appelez-moi aussi si votre enquête continue de prendre une tournure intéressante, surtout si elle implique un gros poisson.
Contactez-moi. Je pourrais même remettre cette jupe qui vous plaît beaucoup. 
- Je ne suis pas comme ça. 
- Dommage, et en même temps… intéressant. 
- Bonne soirée, Sophie. 
- Bonne soirée, Célestin. 
La journaliste vous quitte. Le son de ses talons résonne dans le bar jusqu’à s’évanouir à l’extérieur. Vous reprenez une gorgée de liqueur, songeur.
Un froissement contre le cuir du siège devant vous vous rappelle au bar. Une moustache, et des cheveux d'argent. Un nouveau verre de pastis à la main, et cette voix grave.
- C'est périlleux de s'approcher des journalistes quand on fait votre métier, non ? 
- Affreusement. Soit ils sont incompétents, soit ils sont fous. 
- J’ai ma petite idée sur la catégorie dans laquelle se trouve mademoiselle Kessel. Pas la moins dangereuse. 
- C'est aussi la conclusion à laquelle j'étais arrivé. C'est un jeu dangereux que de faire appel à eux. 
- Un jeu de dupes. 
- Il faut savoir en tirer le bon sans y laisser trop de plumes. 
- J'imagine… alors ? Que pensez-vous de notre liqueur camarguaise ? 
- Très bonne. Je ne regrette pas que Dany me l'ait fortement conseillée. 
- C'est un bon gars, mais ne lui dites pas que je l'ai dit. 
- Je vous le promets. 
- Monsieur Chancla, c'est ça ? 
- Tout à fait. Lieutenant de police. 
- Ernest Dumont. Client de ce bar et bouliste très amateur. 
- Comme je l'ai dit, je ne jugerai pas avant de vous avoir vu jouer. 
- C'est sympathique. 
Le sourire de l'homme se réduit sensiblement et son regard se grise. Il frotte sa moustache de sa main libre. Vous attendez.
- Vous enquêtez sur la disparition de la petite Moreau, c'est ça ? 
- Tout à fait. 
- C'est malheureux. On espère tous qu'elle va bien. Si vous avez besoin un jour, j'ai des chevaux. Je peux vous en mettre à disposition. Beaucoup d'endroits dans les alentours ne sont accessibles que par ce moyen - vous pouvez oublier la voiture - et je sais qu'il y a une brigade de cavalerie à Arles, mais qu'elle ne vient pas si facilement jusqu'ici. Et puis, même parmi les gens d'ici, assez peu finalement connaissent vraiment bien le coin. 
- C'est bon à savoir, merci. 
- Vous n'aurez qu'à me le demander par l'intermédiaire de Dany. 
- Je le ferai. 
- Bien, alors je vais vous laisser à votre dîner. J'espère que vous la retrouverez vite. 
- Merci, bonne soirée à vous. 
L'homme se lève et part retrouver ses compagnons de jeu, avec lesquels il est entré dans le bar. Vous buvez une nouvelle gorgée de liqueur en songeant que, deux mois plus tard, beaucoup de gens ici s'intéressent encore à ce que tout le monde prend pourtant pour une simple fugue.
.
.
.
À la sortie de votre douche nocturne, vous faites glisser la porte coulissante le plus discrètement possible, puis vous vous dirigez dans le noir vers votre lit, près de la fenêtre. Vous vous glissez dans vos draps frais et appréciez leur confort ainsi que celui du matelas. Vous vous tournez sur le côté et vous apprêtez à rechercher le sommeil lorsqu'un grognement murmuré vous interpelle.
- HmmHmmm ? 
- Oui, j'ai appris des choses intéressantes. 
- Hmmmmhmmmmhmm ? 
- Je te raconterais plutôt demain, quand tu seras vraiment réveillée. 
- Hmm. 
- Bonne nuit à toi aussi. 
.
.
.
Dehors, le soleil brille et étend ses reflets sur les terres palustres des environs. Le petit village de D… s'est éveillé depuis longtemps et, déjà, le rire explosif de Dany résonne derrière son comptoir.
Vous, vous bouclez votre ceinture sans bruit, jetez un regard à la fenêtre et appréciez la belle journée qu'il s'annonçait. Dans le lit voisin, pas un seul mouvement n'avait été recensé depuis votre levé. La période de complaisance que vous veniez de lui accorder venait de toucher à son terme et vous vous sentiez légitime désormais de la réveiller… à votre manière.
Téléphone en main, vous vous approchez de votre collègue.
- Claire ? Tu dors, Claire ? 
- … 
- Tu sais que c'est plus l'heure, Claire ? 
- … 
- Bon… j'espère que trouveras la force de me pardonner pour ce que je m'apprête à faire. 
- … 
Vous pressez un bouton de votre téléphone, alors placé près de son oreille, le volume au maximum.
- 🎶 T'EEEEEEEEEEES SIIIIIIIIII MIIIIIIIIGNON MIGNON MIGNON MIGNON MIGNON -GNON -GNON.

- HEIN ?! Qu'est-ce qu'il se passe ?!!!! 
À moitié plié sur le lit, vous êtes pris d'un fou rire. Un coussin s'abat sur vous avec toute la violence permise.
- Espèce d'abruti ! 
Vous vous laissez tomber sur le sol et venez vous adosser contre la cloison qui vous sépare de la salle de bains, tentant de reprendre le contrôle de votre rire.
- Putain qu'est-ce que je te déteste… 
- Tu aurais vu ta tête… AYAAA ça va refaire ma journée !!! 
- Tais-toi, je veux plus rien entendre. 
Vous étouffez les derniers gloussements tout en remarquant une notification sur votre téléphone. De son côté, Claire Lantier quitte péniblement son lit. Vêtue d'un simple débardeur blanc et d'un petit short noir, elle déambule dans la chambre en rassemblant ses affaires. Votre silence finit par l'interpeller.
- Depuis quand tu es levé ? 
- Un quart d'heure. 
- T'es rentré tard ? 
- Un peu. 
- T'es comme Longvic, vous dormez jamais ? 
- Tu sais ce qu'on dit : Plusieurs années sous les ordres de Barrios, ça ne se soigne pas comme ça. 
- Je te demande pas de te soigner, mais de dormir et de laisser les gens dormir…
Qu'est-ce qu'il y a sur ton téléphone ? Ça t'a fait perdre la tête de débile satisfait que t'avais depuis que tu m'as réveillée. 
- J'avais pas vu, mais Nina m'avait répondu. 
Les yeux encore embrumés, Lantier retire son short et enfile un jean.
- Et qu'est-ce qu'elle dit ? 
- "Merci pour ton message. J'ai appris pour Lantier et toi et j'en suis désolée. Je suis d'accord, on devrait se voir. Envoie-moi un message si tu remontes un week-end ou si tu passes à Lyon. Lantier peut venir aussi, ça me ferait plaisir." 
- Chouette, je suis aussi invitée. C'est plutôt bon signe. 
- Bon signe ? 
- Si le GAO voulait seulement te kidnapper pour te torturer dans une cave, elle m'aurait pas invitée. Là, elle essaye de rendre le moment plus détendu en invitant quelqu'un de super drôle et qui sait alléger les ambiances les plus pourries. 
- Elle a proposé que toi tu puisses être là, pas Longvic. 
- Oh putain je sens que tu vas être chiant aujourd'hui. 
Vous vous levez et vous dirigez vers vos chaussures.
- Je plaisante, bien sûr que tu es quelqu'un de très drôle. 
- Parle de la manière d'abruti avec laquelle tu m'as réveillée et je te jure que… 
- Mais j'ai rien dit. C'est toi qui en parle. 
- …
Qu'est-ce que ç'a donné le bar hier ? 
- Pas mal de trucs intéressants, je te raconterai en déjeunant et…
attends ! T'as mangé tous les bonbons à l'anis ?! 
Vous attrapez la petite boîte ovale en métal posée sur la table et faites rouler la dizaine de billes restantes.
- Pas tous, abuse pas. Pas mal oui, mais c'était pour me donner du sucre pour rester éveillée. Et puis il y en reste. 
dit-elle en se saisissant d'une des billes blanches.
- T'es consciente que c'est la seule boîte que j'ai ? 
- Quoi ?! Mais t'es con toi aussi. Pourquoi t'as pas pris le stock. 
- Parce que je pensais pas que tu t'enfilerais la boîte en une soirée. 
Claire glisse sa veste sur ses épaules en grommelant.
- Faut qu'on dise à Longvic de nous en envoyer. 
Que ferez-vous ce matin :
1) Vous recevrez avec Claire les parents d'Amélie pour les interroger, en particulier le père que vous n'avez pas pu rencontrer. 
2) Laisser Claire et Sandra s'occuper des Moreau tandis que vous irez au domicile de Diego, la "belle-gueule" qui aurait fréquenté Amélie avant sa disparition. 
3) Laisser Claire et Sandra s'occuper des Moreau tandis que vous vous rendrez au haras de Seguin pour qu'il vous parle d'Amélie et des Moreau. 
4) Laisser Claire et Sandra s'occuper des Moreau tandis que vous irez faire un tour près de l'étang de Vaccarès pour découvrir la zone 

