10 / 17
6 : La maison et les rêves, partie 2
Lantier plonge la main dans sa poche et vous lance une paire de gants bleus que vous rattrapez. Vous posez votre cahier et votre crayon à papier sur le bureau, puis soupirez en enfilant le premier gant.
- De toute façon, j’ai bien vu que tu avais décidé d’être grognon depuis qu’on est entrés dans cette maison. 
- C'est le déni de la mère qui m'agace. 
Vous soulevez un vase sans fleurs.
- Ce n’est pas facile pour elle en ce moment. On ne sait pas comment on réagirait si c’était notre fille qui avait disparu. 
Claire Lantier ne répond rien, pour plusieurs raisons qu’elle préfère toutes éviter. Vous fouillez ainsi pendant de longues minutes l’exiguë chambre d’Amélie Moreau, y trouvant de quoi confirmer l’idée que vous vous étiez faite du profil de la jeune fille, mais rien qui puisse vous aiguiller sur sa disparition.
- Cela reste un indice en soi, qu’il n’y ait rien. Une fugue, ça se prépare. Ça laisse des traces. 
- Comme les rêves, d'ailleurs. 
dit Claire Lantier en vous indiquant les collages sur le bureau.
- Allez, on s'en va. 
Vous vous dirigez vers la porte. Claire retire un premier gant, puis s’arrête et se retourne. Vous posez la main sur la poignée.
- Un problème ? 
Lantier ne répond pas. Elle regarde quelque chose dans un coin de la pièce qui vous échappe.
- C'est… un mur. 
Lantier s’agenouille. De sa main gauche encore gantée, elle presse la lame de parquet à ses pieds, semble vouloir en éprouver le jeu.
- Tu as trouvé quelque chose ? 
- Tu as une clef sur toi, ou quelque chose dans l'esprit ? 
- Mes clefs d'appartement sont dans ma valise. 
Lantier se relève, fait quelques pas jusqu'au mur. Elle tourne en regardant le sol. Vous observez son petit manège sans le comprendre. Enfin, elle lève la jambe et laisse lourdement retomber son talon sur un petit morceau de latte près du mur. Une fois. Deux fois.
- Claire qu'est-ce que… 
La troisième fois, le morceau de latte se soulève. Votre main relâche la poignée.
Claire s’accroupit et, de sa main tatouée qui tient encore le gant qu’elle a retiré, pince puis soulève le morceau de bois. Elle plonge son autre main sous le parquet et en sort une boîte en métal bleue qu’elle dépose sur le sol.
- Comment tu l'as vue ? 
- Les joints du parquet. 
Le lieutenant soulève le couvercle.
- Oh bah ça alors… 
De la petite cassette, elle sort une épaisse liasse de billets qu’elle brandit devant vous.
- Si tu n'avais pas de problèmes avec ta famille, tu cacherais ton argent à ce point-là ? 
- Si tu avais pour projet de fuguer, tu partirais sans prendre cet argent ? 
- Tu marques un point… 
Vous ouvrez la porte et demandez au brigadier-chef et à la mère de venir. Intriguées, elles se présentent sur le seuil, et leurs regards s’arrêtent sur l’argent dans la main du lieutenant.
- Madame Moreau, auriez-vous une idée de la provenance de cet argent ? 
- … Non… je… il y a combien ? 
Lantier fait tourner le paquet sous ses yeux.
- Plusieurs milliers facile. 
- Amélie ne vous a jamais parlé d’un travail ou de quoi que ce soit qui ait pu lui rapporter un peu d’argent ? 
- Non… elle va à l’école, sort avec ses amis en dehors des cours, fait de l’équitation… Elle est comme toutes les filles de son âge. 
- … Il va falloir que nous posions la question à monsieur Moreau. 
- Il ne sait rien, je le saurais sinon. 
- Madame Moreau, vous passerez demain au commissariat avec votre mari. Il faudra que nous recoupions certaines informations que nous avons déjà avec cette découverte. Nous pourrions donc avoir de nouvelles questions. 
- … Oui… bien sûr. 
Madame Moreau se tourne vers Lantier et vous.
- Je vous l'avais dit, elle n'a pas fugué. Elle… 
Sa voix tremble.
- Il est arrivé quelque chose à ma petite fille… 
Le brigadier-chef s’occupe d’aider la mère à surmonter le contrecoup de cette découverte, tandis que vous terminez la procédure liée à cette nouvelle pièce à conviction. Lorsque vous sortez de la maison, le soleil est déjà bas à l’horizon et le ciel au-dessus du désert tire vers le rose.
- C'est incroyable qu'on ait manqué ça, je m'en veux tellement… 
- Inutile de ressasser. Il faut se concentrer sur ce que nous allons pouvoir tirer de cette découverte, n’est-ce pas ? 
- Oui, lieutenant. 
Vous lui posez la main sur l'épaule.
- Vous étiez très bien avec Madame Moreau. 
- Vous avez trouvé ? 
- Oui, c'est important aussi la gestion des familles dans notre métier, et vous avez le truc pour ça. 
Un large sourire de fierté illumine le visage du brigadier-chef, mais il cède bien vite la place aux obligations de Sandra.
- Oh, il va être temps de vous amener à l'hôtel pour ce soir.
Nous y serons dans dix minutes. 
.
.
.